mirage 2000 bleuS’il y a un monde où les adhérences intellectuelles ont la vie longue c’est bien dans le monde de la Défense où les expériences probantes du présent ont toujours du mal à effacer les croyances et les vieux principes du passé. Le live blanc qui vient d’être publié souligne cet éternel déchirement de nos esprits entre rêve de grandeur et brûlante réalité et nécessités. Les dernières campagnes africaines de nos armées, qui ont montré l’intérêt de disposer d’une armée de l’air vaillante et d’une force terrestre projetable bien équipée, n’ont pas suffi à remettre en cause le sacrosaint dogme du porte–avions et de son coûteux groupe aéronaval pas plus que celui d’une sous-marinade reine des flots obscurs à laquelle on a un peu de mal à trouver une utilité hors des forces nucléaires à maintenir absolument. Finalement, cette réticence à admettre les réalités et le fait d’avoir quelques amiraux bien placés dans la structure décisionnelle, ainsi que plusieurs ministres proches de nos côtes, ont permis à notre chère marine nationale de résister à la rappe budgétaire, au détriment de toutes les autres forces. Certes, renoncer au porte-avions aurait été un crève-cœur pour nous tous mais peut-on donner un exemple récent de l’impérative nécessité d’en avoir un ? Rappelons qu’après quelques semaines au large des côtes libyennes le nôtre avait déjà épuisé tout son potentiel annuel, et que les quelques missions faites en Afghanistan ne pouvaient se faire que grâce à l’apport des ravitailleurs C135 de l’armée de l’air et à ceux des alliés. Sans relancer la polémique sur le pour ou contre du porte-avions, il me semble que nos décideurs auraient été bien inspirés, lors de la rédaction du livre blanc, de redéfinir totalement les missions de la Marine, comme ils l’ont fait à grands coups de serpes pour les autres composantes de nos forces. En attendant l’armée de l’air va se retrouver à moins de 10 escadrons de chasse (180 avions…) et l’armée de terre à moins de 100 000 hommes ; le Mali n’aura pas empêché cette catastrophe.

Retour à l'accueil