En Libye, les forces en présence au sol semblent être à l’avantage de Kadhafi grâce à des soutiens internationaux assez discrets, qui lui facilitent la tâche, dans un malström où les petits et les grands intérêts bien compris influent fortement sur le déroulement des opérations. Ici, les petites mains venues de l’est fournissent des armes, réparent et reconditionnent. Là, des mercenaires, soldats de circonstance recrutés dans les grands hôtels de Bamako, de Ouagadougou où d’ailleurs, fuient la misère et la corruption de leur pays et combattent pour quelques poignées de dollars. Tandis que les grandes organisations internationales africaines, qui doivent beaucoup à l’argent de Kadhafi, font mine de chercher une sortie de crise en envoyant quelques émissaires pitoyables.

Les pays voisins de la Libye, submergés par le flot de réfugiés, restent l’arme au pied, dans une étonnante neutralité, alors que l’Algérie et les autres pays du Maghreb ont clairement choisis leur camp. D'autres, plus neutres, n'empêchent pas Kadhafi d'utiliser ses ressources en négligeant de bloquer ses comptes pour financer une guerre qu'il espère bien gagner.  Quant à l'embargo sur les armes.. !

Il y a là comme une resucée des conflits périphériques de la Guerre froide où les deux grandes puissances USA et URSS s’affrontaient par petites nations interposées ; il y a là aussi un peu de la crise de Suez. Cette fois ce serait plutôt une lutte d’influence entre les Nations européennes et les potentats africains, les premières éprises de liberté portant secours aux opprimés de Benghazi, les autres voulant sauver le chef de file d'un vil système construit contre leurs propres peuples, en oubliant les messages humanitaires des grands sages, Senghor et Mandela. Les ex grandes puissances, Amérique et Russie, un instant plus impliquées pour les USA, assistent à la bataille à distance ou appellent à la paix, soulignant leur volonté de ne pas trop se mouiller dans une période préélectorale difficile. 

Certes, tout n’est pas moral dans un conflit, et l’on trouvera des arrières-pensées critiquables jusque dans notre propre camp, mais nos pilotes qui décollent chaque jour vers les côtes Libyennes, doivent être sûrs qu’ils le font pour la bonne cause. Espérons aussi qu’ils recevront bientôt des renforts aériens pour intensifier leurs frappes, et surtout qu’un engagement terrestre ponctuel et mesuré, pourquoi pas franco-britannique, mais déterminant comme ce fut le cas dans la crise ivoirienne, permettra enfin aux Libyens de trouver la route de la réconciliation et de la paix. Le détachement auprès du Conseil National de Transition Libyen d'officiers de liaison français, britanniques et italiens, pourrait constituer les prémices de cet engagement.

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