chasseur du cielPeu de pilotes de chasse, ayant participé à la Bataille de France, de mai à juin 1940, ont fait avec autant d’humanité un rapport aussi fidèle de ces combats aériens où s’illustra particulièrement l’Escadrille de Chasse 1/5 (ex Spa 3 et Spa 67, escadrille de Guynemer), commandée par le capitaine Jean-Mary Accart, avec comme adjoint le lieutenant Marin la Meslée, As aux nombreuses victoires aériennes.

« Chasseurs du Ciel » décrit, au jour le jour, les combats acharnés de l’escadrille, au décollage de Suippes puis de Saint-Dizier, contre les flots de bombardiers Dornier et Heinkel, dont les mitrailleurs de queue contraient dangereusement leurs assauts successifs. Il relate aussi les combats tournoyants des Curtiss H-75, toujours en infériorité numérique et de performance, contre les chasseurs Messerschmitt 109 du Reich. Sans cesse aux plus hautes altitudes en manque d’oxygène, pour protéger les appareils de reconnaissance ou pour faire le guet aérien avant de plonger sur l’ennemi, ils essayèrent de contrer vaillamment une force supérieure en nombre en abattant de nombreux assaillants… avant de se faire descendre à leur tour. Ce fut le cas du capitaine Accart, le 1er juin 1940. Ayant réglé son compte à un Heinkel 111, il perdit brièvement connaissance, gravement touché aux jambes, au bras, et par des éclats au visage. Son parachute, qu’il réussit à ouvrir avant de reperdre connaissance, lui sauva miraculeusement la vie et lui permit une longue convalescence pour écrire son remarquable témoignage.

J.M Accart revient beaucoup sur l’ambiance conviviale en escadrille, une franche camaraderie et un esprit de corps permettant de surmonter les difficultés, le manque de sommeil et la fatigue extrême, occasionnés par les vols répétés et la violence des combats. Soudés jusqu’à l’extrême, le plus souvent en patrouille de trois pour se couvrir et s’épauler, tous les pilotes ne rentraient pas, comme le montre le lourd bilan des pertes et des blessés, malgré un remarquable tableau de chasse (105 victoires homologuées). Plusieurs fois, Accart justifie l’apparente absence de l’aviation en appui des forces terrestres en raison de l’altitude élevée et de la distance à laquelle se déroulaient les combats aériens, aussi par la faiblesse des effectifs de l’aviation qui ne manquait pourtant pas de courage. Toujours prêts à repartir, sitôt leur appareil réparés et ravitaillés, ils ne pouvaient pas être partout...

Les historiens comme les simples lecteurs apprécieront ce compte-rendu de vol et ses commentaires d’époque écrits sans haine de l’ennemi, ni rancœur contre un commandement militaire défaillant, auxquels les aviateurs n’ont opposé que leur héroïsme. Les descriptions des destructions au sol et des files de réfugiés en débandade, mitraillées au hasard par l’aviation adverse, dressent un tableau saisissant de la « débâcle. »

Les chasseurs d’aujourd’hui ne manqueront pas de comparer la chasse des années 40 à la nôtre, moderne et performante, mais où il est toujours aussi difficile d’identifier et d’intercepter l’hostile ou de rejoindre le domaine de tir. La vitesse, la contraction et l’incertitude du temps, les facteurs de charge, l’effet de surprise, la brièveté des combats, la longue attente en prise d’alerte : voici les mots d’Accart toujours très actuels. Comme ancien pilote de chasse, j’ajouterais que les belles lignes du capitaine Accart suscitent respect et admiration, car elles donnent à réfléchir sur l’éthique de nos soldats et la portée de nos batailles.

 

Ce livre est disponible aux éditions Cépaduès

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