L’Afrique à feu et à sang et nous…

D’une façon générale les mentalités africaines ne portent pas leurs dirigeants à une vision très sociale de la politique mais plutôt à profiter d’une situation de chef pour servir leurs proches et capter ressources et avantages à leur seul profit. Ils en tirent un bien vivre et étonnamment une certaine respectabilité. Ainsi de tous petits groupes ou quelques familles « régnantes » gèrent-elles plutôt tranquillement ce népotisme éhonté, confisquant à leur profit les ressources naturelles et les richesses de leur pays avec la bénédiction tacite de tous ceux qui commercent et font mine de ne pas savoir, pourvu qu’il y ait des contrats. Ainsi, et pour cette seule raison, a-t-on reçu en grande pompe le bientôt déchu colonel Kadhafi, jusqu’à accepter qu’il monte sa tente à deux pas de l’Elysée. Ainsi hésitons-nous toujours à mettre notre nez dans la crise Ivoirienne, de plus en plus guerre civile (le droit d’ingérence prévu dans la Charte des Nations Unis le permettrait; la présence de nos soldats témoins passifs de ces exactions risque par ailleurs de devenir rapidement intenable). Ainsi supportons-nous la captation des revenus pétroliers algériens par des dirigeants corrompus, et bien d’autres situations qui consistent à cautionner, un peu malgré nous, des pratiques que la morale réprouve. Des sursauts démocrates donnent épisodiquement la parole aux esprits les plus critiques pour la bonne conscience de tous, comme cette ex secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, d’origine africaine, Rama Yade, si bien placée pour savoir de quoi elle parlait lorsqu’elle critiquait le tapis rouge placé sous les pas de Kadhafi, lors de sa dernière visite à Paris en 2007.

Certes, la politique économique et la mondialisation doivent-elles s’accommoder de certaines tolérances. Le général de Gaulle lui-même ne tourna-t-il pas le dos à Israël pour ménager les populations arabes détentrices du robinet du pétrole ? N’a-t-il pas aussi été le premier à reconnaître la Chine communiste, pressentant l’immense rôle qu’elle allait jouer sans faire grand cas des droits de l’homme ?

… et soudain les populations jusque-là oubliées se lèvent, et le Maghreb tout entier s’enflamme pour plus de droits, de moyens, pour une vie décente et un nouveau partage des richesses. Des milliers d’opprimés, des petites gens, prêts à tous les sacrifices, car ils n’ont plus rien à perdre, bientôt rejoints par les intellectuels, et tous les autres, se lèvent courageusement et poussent la roue de l’histoire pour qu’elle tourne vraiment. Et elle tourne. La révolution est en marche et son grand souffle porteur de promesses et de lendemains qui chantent n’arrête pas de se renforcer.

Alors nos vieilles carcasses démocrates et libérales se souviennent de leurs propres combats pour la justice sociale. Elles quittent des yeux leurs livres de comptes pour regarder avec admiration et bienveillance ces peuples auto-libérés, si décidés qu’ils nous font rapidement oublier les vieux dictateurs vite devenus infréquentables.

Après le Maghreb à qui le tour ?

Tous les chefs d’Etat africains qui ont plus de 20 ans de pouvoir devraient commencer à penser à leur prochaine reconversion, car nous venons de leur prouver en lâchant Ben Ali et Moubarak que notre soutien et notre amitié « indéfectible » avaient des limites. Ils sont désormais seuls face à la contestation de la rue qui semble avoir décidé partout de demander sa part.

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