Il m'arrive parfois de chercher à régler la difficile question du rayonnement de notre chère armée de l'air, et voici ce que j'écrivais à notre association des pilotes de chasse à laquelle je suis particulièrement honoré d'appartenir:

 Chers amis,

Quelle heureuse surprise de constater que notre brillantissime Association des Pilotes de Chasse a enfin trouvé la voie de la modernité, en confiant une part de son courrier à Internet, par cette toute nouvelle adresse électronique... apc783@orange.fr (vous ne pouviez pas faire plus simple, non?) Il ne reste plus qu'à ouvrir un site ou plutôt un blog (comme le mien par exemple : http://empt5964.free.fr/blog_index.php?id=23&page=1 ) facile et vivant , car interactif, et notre bel avion rêveur pourrait prendre encore plus de hauteur par rapport aux réalités désespérantes de ce bas monde. Je dis rêveur, car le débat sur le nombre d'avions de combat idéal ressemble de plus en plus à celui sur le sexe des anges ( dont on a encore jamais remis en cause l'existence, chacun ayant le sien protecteur et dévoué...) que plus de dix conciles n'ont pas réussi à identifier (et on a laissé tomber...) Il y aura donc, selon moi, toujours des avions de combat, de chasse (bordel et mort aux cons), tant ce concept d'existence même est dans tous les esprits ( Y compris dans celui de certains de nos dirigeants, ce qui n'est pas forcément le cas des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins), sans quoi notre association serait vouée à une fin certaine, ce qui ne peut pas être, surtout pas en ces temps de modernisation et de renaissance où l'on sait se tenir, y compris chez Fouquet's à la fin des agapes annuelles (lu dans l'excellent dernier bulletin) des pilotes de chasse. Merci donc pour cette heureuse nouveauté qui me permet de vous glisser cet amical petit billet. Bien cordialement, et avec tous mes encouragements à votre dévouée équipe.

Richard Feeser

 

et la suite...

Chers Chasseurs mes frères,

Je viens de finir la lecture du bulletin de liaison de l'APC(association des pilotes de chasse) et me rends compte que mes dernières plaisanteries sur le nombre d'avions de chasse pouvaient être mal perçues... Bon, comprenez que défendre leur nombre élevé ne relève pas uniquement d'un besoin avéré à l'instant T, mais aussi de critères parfaitement subjectifs, ceux qui sous-tendent nos angoisses et nos peurs, et avec lesquels jouent magnifiquement les Marins par exemple, qui n'oublient quand même pas que leurs armes de surface (il en ont en plus des sous-marins nuc, et oui ! et ils y tiennent) ont aussi besoin de porteurs... tous aériens à ma connaissance, hélicos, avions et même des Rafales ! Donc, plutôt que des extraits des fines analyses d'état-major du Bureau Plan de service, qui refait sa copie tous les deux jours, ou du bureau des très hautes technologie B..., qui fait bailler tout le monde avec sa liaison XX, et n'ont ni l'un ni l'autre une vocation grand public, essayons de communiquer davantage en jouant sur la corde sensible des gens, avec une méthode bornée et répétitive. Développons et simplifions notre message en favorisant les publications qui engendrent du rêve et attirent les foules. Nous devons nous rapprocher des gens de la France d'en-bas (les terriens, c'est eux qui votent), même si ça froisse un peu notre superbe (Voir le succès des livres pour kiosque de gare et grandes surfaces; l'Arlequin c'est fou ce que ça marche. Ca doit être notre créneau ! Air et cosmos... pour spécialistes seulement, hélas !). Certes, il faut que notre vitrine soit belle (ce sera toujours le cas grâce à nos appareils photogéniques), mais surtout accessible à tous, et que le valeureux "grand blond aux yeux bleus ", que nous fumes, fasse encore longtemps briller les mirettes des jeunes filles. Encore faut-il qu'elles puissent le voir, le toucher... Alors, place aux jeunes qui doivent nous représenter partout où ils le peuvent, simplement en étant là avec leur bonne tête, sans aucun message formaté dans le bec. Regardez les dernières émissions TV sur la Marine: on interroge longuement le quartier-maître cuistot , la jeune Marinette médecin sortant d'école, et le dernier des matelots arrivant tout droit des quartiers... rarement le Pacha, et de toute façon de façon brève ! La dernière émission de Michel Drucker à Salon était de ce point de vue tout à fait consternante... Pour briller aux yeux et dans le cœur du public nous devons rester simples, sans jamais représenter l'inaccessible étoile, drapée dans sa maestria hautaine de nec plus ultra. Basta les hautes technologies ! SVP, Revenons vite sur terre pour tutoyer encore longtemps le ciel ! Ce n'est que mon point de vue. Bien cordialement !

Richard Feeser

le 12 septembre 2007 en réponse à Tim Larribau qui s'énerve, car le ministre de la Défense Hervé Maurin envisage la fermeture de nouvelles bases aériennes.

Bonjour Tim,
 
A partir du moment où le nombre d'avions en ligne est en forte diminution pourquoi ne pas se poser la question du nombre de bases aériennes ? Le sujet n'est pas tabou d'autant que le nombre de bases a déjà fortement diminué ces dernières années. Toutes les bases où j'ai moi-même été affecté, et la plupart des unités de chasse où j'ai servi ces trente dernières années, sont aujourd'hui fermées... L'armée de l'air a elle-même beaucoup de mal a définir le nombre d'avions idéal et donc de bases. C'est un nombre terriblement subjectif, croyez-moi, surtout face aux crises actuelles où les "forces du mal" ne paradent plus fièrement derrières leurs étendards mais sont lovées et dissimulées dans certains esprits malveillants, imaginatifs, et disposant d'une capacité de nuisance infinie puisqu'elles détournent nos propres capacités à leur profit. Paradoxalement notre force fait la leur et augmente notre vulnérabilité dans cette affrontement entre le visible et l'invisible sournois. On est là dans un nouvel épisode du loup et le renard... Dans ces conditions où doivent aller nos chers crédits militaires qui ont toujours été une variable d'ajustement budgétaire? Plus de moyens d'écoute et de surveillance? et des forces spéciales capables d'intervenir vite et discrètement en tous les coins du globe? C'est ce que je crois comprendre en regardant l'évolution de nos actions militaires ces derniers temps? où les chars auront de plus en plus de difficultés à justifier leur existence... pauvre colonel de Gaulle ! comme les choses ont changé ! 

En réponse  au mot du président de l'association des pilotes de chasse d'octobre 2007

Cher Président de l'APC, Pierre Péron, mon général,
 
Je viens de lire avec délectation ta belle envolée ultra maritime (le mot du président de l'APC) relatant avec humour un épisode de nos luttes interarmées où les amiraux quatre fois étoilés et plus auraient provisoirement pris le dessus.
Faut-il leur rappeler que même si on convie les Marins plus volontiers au château, car plus à l'aise que les autres au salon à petits fours, grands blancs, et saucisses à cocktail (où ils pavoisèrent honorablement une grande partie de leur temps à faire carrière...), ils sont aussi de tous les débats actuels et très critiqués... ou  plutôt leur fameux deuxième porte-avions et ses milliards de tonneaux et d'euros qui tordent le nez à tous ceux à qui ils tendent vainement l'addition.
Même la rue la plus lointaine du château en parle (ceux qui votent), et réprouve cette ambition à vouloir tout ramener à l'échelle maritime. La finalité de tout engagement militaire n'est-elle pas terrestre? et ce gouffre budgétaire qu'est le porte-avions ne reviendrait-il pas à priver les autres armées, précisément celles chargées de prendre pied, et leurs industries liées (Là nous sommes très fort ! Je pense à ceux qui construisent nos avions et qui sont très influents), de tous leurs rêves et besoins, en effaçant pour longtemps leurs déjà courtes lignes de crédits?
Par ailleurs, et au plan strictement budgétaire, souvenons-nous que l'ampleur de la dépense pour une seule unité, fut-elle Royale, ne se prête pas au saucissonnage dans le jeu classique de Bercy où les crédits militaires ne sont que variables d'ajustement (ce qui a fait fondre notre nombre d'avions, leur nombre de chars, et de sous-marins...).
Quant à la commission chargée du Livre Blanc... réjouissons-nous de ne pas en être, car elle refera une fois de plus la liste de tout ce qu'il faut en armes et munitions pour tenir un certain rang dans le monde (au fait lequel?), sans avoir les moyens de se l'offrir, ni le droit d'établir des priorités, une longue liste de non choix. Quelle stérilité frustrante, pour des hommes et des femmes militaires, placés dans une logique d'action !
 
Bref, et si ces cols bleus étoilés étaient plus à plaindre qu'à envier?
Je suis certain qu'ils en auront vite assez d'avaler des couleuvres et de se voir reprocher par tous les autres ( Terre, Air, Gend...) toutes celles qu'ils n'auront pas voulu avaler. Les pauvres !
 
Pour vivre heureux vivons cachés !

Avril 2008 - A propos du "Livre blanc", voici les toutes dernières nouvelles. Il semblerait que les choses ne se passent pas si bien que ça pour la Marine. En effet, rédigés par des officiers de marine, plusieurs textes circulent actuellement dans les milieux de la Défense. Ils expriment un profond mécontentement à l'égard des travaux de la commission du "Livre blanc" et de son président Jean-Claude Mallet. Leurs critiques portent, pour l'essentiel, sur la question du nombre de frégates et, donc, sur celle de la présence permanente de la flotte française sur l'océan mondial.  JC Mallet aurait plutôt proposé de favoriser sous-marins et porte-avions, (alors que le ministre ne veut pas du PA2* qui coûterait 3 milliards d'euros)...pas assez d'argent pour le reste ? Après le péché d'orgueil les Marins feraient-ils preuvent de celui de gourmandise?  

"Celui qui n'a pas atteint l'autre rive ne doit pas se moquer de celui qui se noie..."
Soyons donc sereins face à cet échouage annoncé de la Royale et de ses missions hauturières, qui pourtant pavoise à tous les hauts postes de nos Armées. Comme quoi...!

 

*D'un point de vue purement opérationnel, le porte-avion est l'antithèse exacte de l'efficacité : un énorme bateau servi par des milliers de marins (sans compter les navires d'escorte, la protection des ports, le soutien nécessairement lourd, les délais de montée en puissance, le ravitaillement au large, etc..), mais qui au final n'emporte que des avions en nombre réduit, capables d'emporter peu d'armement et pas loin (les ravitailleurs de l'armée de l'air sont toujours les bienvenus). Le coût par coup tiré (ou tonnage de bombe si l'on préfère) est exhorbitant dans ce cas. Bref, c'est un engin de parade et de gesticulation coûteux, très vulnérable (les Anglais au Malouines l'ont appris à leur dépend et ont quasiment renoncé depuis à s'équiper de portes-avions) et d'une efficacité militaire discutable, même s'il eut son heure de gloire pendant la guerre du Pacifique où les Marines de l'époque se battaient pour des petites îles (Iwo-jima) afin d'y installer des pistes d'atterrissage mieux dimentionnées au besoin... C'est toujours le cas vu l'importance qu'accorde les USA (seule nation avec la France à disposer de PA) à leurs platefromes maritimes comme Diego Garcia. Remarquons de plus que l'effet de surprise, dont avaient bénéficié les PA japonnais pour l'attaque de Pearl Harbour , ne jouerait plus aujourd'hui , car les satellites d'observation, photo et radar, permettent de suivre en temps réel la position exacte de tous les bateaux.

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