Le dernier vol de John Takeguchi

 Si un jour un garçonnet malicieux vous confie pour la journée une maquette d’avion de chasse, soyez sur vos gardes, surtout si le jouet que vous avez déposé derrière le taille-crayon électrique de bureau se retrouve mystérieusement près du plumier laqué noir. Vous pourriez bien être à votre insu l’acteur principal d’une histoire fantastique tout droit sortie de la plume fluide d’un conteur-pilote-poète à l’imagination aussi riche qu’érudite. 

  Ce livre peut être commandé directement sur le site de l'éditeur aux Editions VARIO:

  www.aviation-publications.com

et en librairie ISBN 2-913663-12-5, au prix de 24 euros

 

Extrait:

Par la fenêtre donnant sur le terrain d’aviation, John Takeguchi rêvait en regardant un troupeau de buffles gris moiré. Les animaux broutaient l’herbe grasse de la piste d’envol, d’où il s’élancerait le lendemain, aux commandes de son A6M Rei-sen, le Zéro de Mitsubishi. C’était la veille du grand départ, son tour était venu. Demain, tel un balbuzard, l’aigle pêcheur de la région, il fondrait sur sa proie, les serres en avant.

Comme ce vaillant rapace, capable d’emporter en vol aussi lourd que son propre poids, il embarquerait le maximum dans son petit avion. Il aurait assez de carburant pour larguer sa bombe ventrale de 250 kg à plus de 1000 km de là, où on ne l’attendrait sûrement pas.

Les rayons du soleil couchant baignaient les bovidés d’un flamboiement magique, presque divin ; il régnait une ambiance de mystère originel.

Inconscients d’être à ce point magnifiés, comme les vaches sacrés de l’Inde, auxquelles John pensa un court instant, les animaux dégustaient les dernières touffes d’herbe avant la nuit. Certains, déjà repus, suivaient nonchalamment des yeux leurs congénères broutant les pousses les plus tendres. Les orbites couronnées de mouches tenaces, tous s’efforçaient de chasser les insectes acharnés.

En cette fin de mousson d’été, les pluies battantes des derniers jours avaient stimulé la nature généreuse. La chaleur était moite et les insectes nombreux. L’herbe folle et grasse poussait dans les moindres recoins, et envahissait jusqu’à la piste de décollage pourtant largement utilisée.

Tout se passait comme si les forces naturelles donnaient toute leur mesure dans une mélodie de verts au lointain velours, comme si leur puissance indicible se déchaînait. Les dieux shintoïstes de la nature, les kamis, auxquels John croyaient confusément, venaient lui rendre visite, il en était certain !

John goûtait ce spectacle bucolique à contre-jour, car la fenêtre vermoulue des baraques militaires, où il passait sa dernière nuit, s’ouvrait à l’ouest. Bien qu’à distance, il percevait nettement le bourdonnement des nuées virevoltantes, excitées par les muqueuses mises à vif, les odeurs de sueur, de bave et de bouse, et le fouettement nerveux des queues sur les flancs rebondis des bêtes.

Par un effet de perspective et de lumière, les ruminants aux belles cornes en croissants ciselés paraissaient plus grands que nature. Captant toute l’attention, ils s’imposaient massifs et altiers sur fond d’embrasement rouge et or d’un ciel très prometteur : il ferait beau demain. Cette journée cruciale pour John serait un jour la fête nationale du Japon (le 3 novembre) ; son acte serait d’autant plus sacralisé.

John admirait d’autant plus la beauté de ce tableau animalier qu’il était pour lui symbolique. Il constituait son résumé de vie, et le liait pour toujours à l’éternité où son histoire ne serait qu’un modeste chaînon. A cet instant étrange et mystique, il était tout et rien, dans ce qu’il ressentait comme un rituel de passage :

« J’ai commencé à la ferme et j’y termine ; les choses sont ainsi faites ! La boucle est bouclée ; je peux rejoindre la terre de mes ancêtres, se dit-il simplement. Demain sera une belle journée, ma journée. »

A cette idée sa gorge se noua. Comme il était sensible ! Il se le reprochait souvent. L’émotion traduisait la magie de l’instant vécu, si personnel, mais pas seulement. C’était aussi de l’angoisse, une vraie trouille, à glacer les os jusqu’à la moelle, venue du tréfonds de l’âme



 
Avec Le dernier vol de John Takeguchi vous embarquerez dans un Mitsubishi A6M Zéro et parcourrez le ciel dans toutes ses acceptions, celui de la plus grande bataille aéronavale de tous les temps, celle du golfe de Leyte, aux Philippines, durant la Bataille du Pacifique en 1944, mais aussi celui des déesses et des dieux d’un panthéon universel disputant à John Takeguchi un rôle de personnage-clé dans un récit conjuguant passé et présent pour que le mythe enfante la réalité.

 Dédié à tous ses frères pilotes de chasse ce conte aéronautique est un pur régal, car il ouvre les portes secrètes d’un monde de rêve où tout parle d’aviation. 

 

Ce livre est proposé par les éditions Cépaduès

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