A qui faire la guerre et de quelle façon ? Tentons de répondre à cette question.

 

Certains croient encore à la menace de nations hégémoniques ayant des visés territoriales sur un « espace vital », comme lorsque des pays voisins se déclaraient la guerre. L’atome et la dissuasion des grandes puissances ont mis fin à ces guerres dévastatrices en reconnaissant des frontières chèrement acquises comme la légitimité des nouveaux États nations nés des crises successives et de la décolonisation. La majorité des États est aujourd’hui respectée et installée sur ses terres, accédant à la tribune de l’ONU et aux institutions internationales de plein droit. Seuls restent contestés les régimes politiques de certains États, auxquels on souhaiterait plus de démocratie et une meilleure gouvernance…

Des exceptions demeurent cependant. Après les pays des Balkans, encore récemment convulsifs, et qui semblent avoir trouvé leurs frontières, reste le cas extrêmement complexe et douloureux de la Palestine qui semble encore échapper à l’autodétermination des peuples sur laquelle se fondent les nations.

 

D’autres craignent les régimes menaçant nos démocraties pour promouvoir de vieilles idées totalitaires. On s’inquiète de la frénésie qu’ils mettent à narguer le club fermé des nations nucléaires, seules à disposer de la maîtrise technique pour avoir des armes si redoutables. En fait, ces pays en mal de reconnaissance internationale, et si mal inspirés dans leurs systèmes politiques dépassés, n’existent qu’en s’isolant du reste du monde, en fermant leurs frontières sur une certaine autosuffisance génératrice de privations et de souffrances pour le peuple. Ils feignent d’ignorer que leur implosion est d'ores et déjà programmée, comme ce fut le cas des ex-pays communistes européens. Certains évoluent progressivement et s’ouvrent d’eux-mêmes par la force des choses et la réalité des marchés. On surveille les autres comme la Corée du Nord et l’Iran. On les menace parfois, et finalement on les laisse faire dans une large mesure, persuadé qu’un jour prochain ils rejoindront naturellement le concert des nations.

 

D’autres ont peur d’une généralisation du terrorisme sauvage, imprévisible, aveugle et meurtrier, celui des tours de Manhattan du 11 septembre 2001, celui des guides illuminés qui veulent abattre des valeurs occidentales qu’ils réprouvent, car sans foi ni morale, au nom d’un idéalisme nourri de religiosité et de traditionalisme, aussi celui de certaines maffias...

On n’est plus dans la notion d’État comme dans les deux cas précédents, et les militaires des nations libres engagés dans cette lutte nouvelle se trouvent face à des combattants clandestins, souvent occasionnels et terriblement insaisissables. C’est un combat dilué, des escarmouches de rue, des embuscades en campagne, de la piraterie maritime, dans des pays défaits, dévastés ou en reconstruction, lieux de passage et de trafics en tout genre, comme la Somalie ou l’Afghanistan.

 

On voit à quel point les trois domaines abordés dégagent des besoins dynamiques et une réelle assise stratégique.

A l’évidence la dissuasion nucléaire, pilier de notre outil de défense, garde toute son actualité dans les deux premiers cas, en stabilisant ce qui est acquis, tout en contenant les derniers foyers de crise.

Dans le dernier cas, la logique de guérilla de cité exige des forces équipées et très mobiles, mais protégées et bien renseignées dans tous les domaines de lutte.

On retrouve dans ce cas toutes les composantes Terre, Air, et Mer des armes classiques  haute gamme, de plus en plus précises, et servies avec courage et détermination par des combattants dont nous aurons, hélas encore longtemps, tout lieu d’être fiers. Nos troupes de toutes armes, engagées aujourd'hui en Afghanistan, redécouvrent la très vieille notion de "frères d'armes" dans les combats menés contre les Talibans.


Dans ce jeu, les forces aériennes sont concernées par tout ce qui nécessite allonge et hauteur  de vue. Que ce soit du transport à longue distance ou de l'intervention armée, seule ou en complément d'autres forces, pour reconnaître, observer, détruire, interdire, des moyens modernes de très haute technologie, permettant une frappe précise et adaptée à la menace, seront plus que jamais nécessaires. Notre actuel parc aérien et ses évolutions futures (Rafale+A 400M+Caracal+ drones) répond parfaitement à cette double nécessité, dans un mode d'affrontement où l'engagement massif et en force longuement planifié, tel qu'il était encore envisagé il y a peu, sera remplacé par des escarmouches nécessitant rapidité de réaction et un juste niveau de violence. Autant dire que le renseignement et les moyens de communication et d'alerte ont plus que jamais un rôle fondamental à jouer. Autant dire aussi que les coopérations interarmées et internationales sont à l'ordre du jour pour mettre en oeuvre la panoplie d'armements et de moyens la plus large possible, car la guerre moderne avance le visage masqué et coûte cher. Les modes d'actions militaires et la prééminence de tel ou tel système d'armes sont questions de circonstance. En aucun cas on a le choix des armes,.et plus souvent en position de riposter que d'attaquer...


 

(dessin Patrice Gaubert)


Retour à l'accueil