032.jpgEn septembre 1942, le Groupe de chasse numéro 3, de la France Libre, est créé sous l’impulsion du Général de Gaulle. Les 14 premiers pilotes volontaires de cette unité intégrée à une division soviétique, le GC3, "Normandie", se retrouvent initialement à Rayak, au Liban, sous l’autorité de Joseph Pouliquen et les ordres du Commandant Jean Tulasne et de son adjoint, le Capitaine Albert Littolff, deux sacrés pilotes.

Arrivé en Russie, l’instruction sur Yak-7 biplace, à Ivanovo, prépare l’arrivée sur Yak-1 puis Yak-9, chasseurs rustiques, adaptés au théâtre d’opérations.

Le froid glacial de l’hiver 42-43, l’isolement, le cafard, le respect mutuel, l’inconfort, la malbouffe, font grandir la fraternité entre aviateurs français et soviétiques. Le “Normandie” est déclaré "bon pour le front" mi-mars 1943, après une cérémonie bien arrosée, et une mémorable séance de voltige inversée du commandant Tulasne, devant des officiels ébahis.

La bataille aérienne du groupe, bientôt régiment, suit la route empruntée par les armées napoléoniennes. Sa première campagne est celle d’Orel pour reprendre Smolensk ruinée. C’est un "effort maximum" (112 sorties en 4 jours et 17 victoires) selon le général Georgui Zakharov, chef charismatique qui engage toute la 303e division aérienne soviétique dans la bataille.

Longues missions d’escorte, chasse libre et combats tournoyants contre BF-109 et FW-190, attaque des pistes de la Luftwaffe malgré la Flak, victoires mais aussi "bradage" (partage des affaires) des pilotes tués, montrent combien il est difficile de durer. « Un bon pilote est un pilote vivant » aime à répéter Marcel Albert, le plus brillant d’entre eux (As aux 25 victoires). 70 victoires sont acquises au prix de 21 pilotes disparus. Le régiment, devenu Compagnon de la Libération et franco-russe par ses seuls mécaniciens soviétiques, ne compte plus que 5 pilotes de ses débuts. Des renforts arrivent dont le Cdt Pouyade qui succède à “l’aigle” Tulasne abattu à son tour.

Marcel Lefèvre meurt gravement brûlé en juin 44, lors de la seconde campagne du régiment avant l’offensive d’Orcha. De Seyne refuse de sauter en parachute parce que son passager mécanicien russe n’en a pas. Ces drames ont un retentissement considérable en URSS. Le geste chevaleresque de Maurice de Seyne devient le symbole de l’amitié indéfectible entre la France et la Russie.... De nombreuses écoles russes portent aujourd’hui leurs noms. Le franchissement du Niémen vaut au “Normandie” son nom de “Niémen”, alors qu’on fête la libération de Paris, le 23 août 44, en chants, canonnades, bombances et interminables toasts à la vodka.

La troisième et dernière campagne aérienne accompagne les troupes soviétiques lors d’une offensive sans précédent sur la Prusse occidentale. Les combats sont acharnés ; les pilotes volent du matin au soir jusqu’au bout de leurs forces. Le Yak-3, un excellent chasseur plus léger et plus maniable, équipe désormais le régiment. Il peut rivaliser avec les meilleurs appareils allemands. Le régiment aligne plus de 100 victoires en 2 semaines et l’ennemi résiste...

La fin de cette épopée aux 273 victoires, pour 42 pilotes morts au champ d’honneur, est un sentier de gloire et d’honneur, surtout lors du retour triomphal du “Normandie-Niemen” au Bourget, le 20 juin 1945, à bord des Yak-3, devant des milliers de spectateurs enthousiastes.

Ce fut une équipe de copains, de toutes origines sociales, unissant la force de leur détermination,  leur patriotisme, prêts à tous les sacrifices pour conquérir de haute lutte la paix. Ils eurent des sourires, des larmes, des douleurs, des peurs, des jeux, jamais des doutes. Ils savaient s’asseoir à une table de poker, séduire les filles, se geler dans des abris infestés de puces, rêver de permissions et de retour au pays, et surtout combattre en plein ciel, si loin de leur chère France et de leurs familles. Entre eux, il y avait de la fraternité, de la solidarité, aussi de la retenue, de la jovialité, dans des escadrilles disciplinées où chacun tenait son rang; ils savaient souffrir lors d’une disparition, vivre et mourir en pleine jeunesse...

Ils furent de simples aviateurs, à la riche personnalité, devenus d’authentiques héros et qui nous donnent encore aujourd’hui la voie à suivre : courage et conviction…



 Roland de la Poype (As du Normandie-Niemen aux 18 victoires, et Compagnon de la Libération), que l'on voit ici au dernier salon du bourget installé dans la petite Messerschmidt (qui doit lui rappeler la fameuse Méhari dont il fut l'inventeur) vient d'être élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d'honneur.

 

Le régiment Normandie-Niemen défilera derrière son drapeau sur la place rouge de Moscou le dimanche 9 mai 2010 à l'occasion du défilé de la victoire.

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