Je viens de lire avec intérêt le bulletin de liaison de janvier 2008, de l’Association des Pilotes de Chasse, à laquelle j'appartiens, et qui  témoigne d’un certain changement dans l’Air.

Ainsi le CESA, autrefois Centre d’Enseignement Supérieur Aérien, est devenu Centre d’Études Stratégiques Aérospatiales, tandis qu'on annonce les conclusions d’un groupe de travail « traditions » lié à la fermeture de plusieurs unités aériennes (dont l'Alsace, voir sur ce blog), l’arrivée des drones de combat (remise en cause du métier de pilote de chasse?), ainsi que l’organisation plus européenne de nos écoles de formation, et bien d’autres choses...

 

Nos pratiques et notre discours évoluent donc comme celui du Chef d’État-major, le Général Abrial, qui rapportait ces nouvelles dans son discours de cloture au dernier dîner de la Chasse, tout en restant peu rassurant sur les leviers dont il dispose pour installer une Armée de l’air future à 300 Rafale pour 180 heures de vol annuelles par pilote. La barre psychologique des 450 avions du temps de la guerre froide, longtemps défendue bec et ongles, et devenue irréaliste compte tenu des coûts (50 M€ pièce), est donc définitivement lâchée.

La croisade lancée l’an passée par l'Association des pilotes de chasse, pour mieux promouvoir l’aviation de chasse, reste plus que jamais d’actualité, même si certains ex-hauts responsables la voudraient moins corporatiste. Ne doivent-ils pas ouvrir les yeux, ces chers grands anciens, et comprendre qu’il y a péril en la demeure si les clubs, cercles, frères, et autres penseurs solitaires ou conseillers élyséens comme Jacques Attali, s’en mêlent pour dénigrer (l'aviation de chasse perdra de son utilité et de son influence sur les états-major et les budgets...), avec certains intrigants maritimes (la guerre des boutons...comme ils ont tort !), notre bel outil de supériorité aérienne, pour lequel s’enflamme à juste titre le nouveau directeur du CESA.

 

Mais il y a plus inquiétant comme le prouve

(http://www.premier-ministre.gouv.fr/information/les_dossiers_actualites_19/defense_securite_nationale_un_875)

l’audition d'un commandant d’escadron sortant (le Navarre à Nancy), dans le cadre de la Commission du Livre Blanc sur la Défense, présidée par Jean-Claude Mallet, et qui rendra prochainement ses conclusions:

·        Matériels dépassés, faute de rénovation. Faible disponibilité des appareils, manque de rechanges…

·        Participation aux actions internationales trop symbolique et en forte diminution (80 Mirage-2000 pendant la crise du Kosovo, seulement 3 Rafale en Afghanistan aujourd’hui)…

·        L’Armée de l’air de plus en plus en retrait et de moins en moins reconnue militairement, par manque d’interopérabilité et de moyens…

·        Entraînement insuffisant…

·        Personnels déçus…

 

Mais où va-t-on ?

 

Tout ne baigne pas dans l’huile dans notre sphère, décidément cernée par de gros nuages gris. Fini le paisible vol à vue en ciel clair ! Bonjour grisaille et turbulences ( vol aux instruments imposé) dont il faudra forcément sortir par le haut !  

Vous comprendrez ces mots d’inquiétude comme des mots de mobilisation pour mieux expliquer la nécessité d'une aviation de chasse structurée et servie par des personnels motivés, outil stratégique dans la main du politique, protection quotidienne des français (dormez en paix, la Défense aérienne veille!) moyen de combat réactif engagé sur tous les fronts comme aujourd'hui en Afghanistan ou en Afrique et demain ailleurs.

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